Hommage à Jean-Claude Beineix, par Jean-Paul Meyer

Jean-Claude Beineix

Lorsqu’un ami proche disparaît, ce sont des images ponctuelles qui vous reviennent. Nos chemins se sont croisés avec Jean-Claude au milieu des années 80 au sein du bureau exécutif de la FFB. Ce n’est pas forcément le lieu des amitiés les plus sincères et les plus durables... Pourtant en trente ans, nous avons eu en tout et pour tout une brouille d’une dizaine d’heures.

Première image : championnats d’Europe 1993 à Menton, il est devenu quatre ans plus tôt Président de la FFB. Lors de cette compétition, il assume son rôle de président mais pas que… Il est chef organisateur, ouvrier bricoleur, capitaine de l’équipe de France. Je lui dis gentiment : « Tu ne crois pas que cela fait beaucoup ? » Il me regarde étonné et me dit : « Oui, j’ai une autre idée pour dans deux ans. »

L’idée, deux ans plus tard lors des championnats d’Europe de Vilamoura se concrétise. Je me retrouve capitaine de l’équipe open, une formation talentueuse mais très agitée.

Arrive le dernier match, pas le plus difficile, contre la Biélorussie, mais crucial : suivant le résultat, l’équipe peut obtenir une médaille, hormis celle d’or acquise à l’Italie, une qualification pour la Bermuda Bowl ou se voir privée de toute récompense. Jean-Claude s’est assis en salle fermée, spectateur privilégié de Lebel - Mari. Je crains que son enthousiasme légendaire ne fasse monter la pression sur les joueurs. Je commets un léger outrage présidentiel en lui indiquant qu’il ne peut rester là. Étonné, interdit, il s’exécute et part à regret dans la salle du rama qui retransmet le match. Mais je sais que j’ai peiné ce supporter véritable et inconditionnel de tous ceux qui portent un maillot tricolore.

Dans ce milieu souvent fait de jalousies et de mesquineries Jean-Claude était dévoué corps et âme à l’équipe nationale.

2000 : championnat du monde à Paris au Stade de France. Jean-Claude est chef de l’organisation, veillant comme à l’habitude à tout avec un soin méticuleux. Je suis responsable du Bulletin quotidien. Un matin, aux aurores, je m’aperçois que les piles du Bulletin du jour ne sont pas en place. Je lui en fais la remarque. Ce qui pourrait n’être qu’un simple incident se transforme en des mots définitifs de Jean-Claude à mon égard. Les témoins pensent que nos relations sont durablement rompues.

Pourtant, dix heures plus tard, nous nous lançons une invitation réciproque pour dîner ensemble. C’était Jean-Claude, incapable de la moindre rancune, gentil et compréhensif avec tous.

C’était un homme d’une droiture exceptionnelle.

Séquence : après avoir été neuf ans classé en première série nationale , il lui manquait en 2014 quelques misérables PP pour rester à ce classement pour la dixième fois et donc à vie. D’autres auraient fait jouer leurs amitiés pour se voir attribuer une dotation dérisoire. Pour lui, c’était inimaginable.

Dernière image avec ce championnat en Chine, il y a trois mois à peine, il présente des signes cliniques inquiétants. À son retour, il passe une IRM dont il redoute le verdict.

Mais, au sortir de l’examen, il vient prendre un verre chez moi, à Paris. Il est soulagé : « J’ai un petit œdème cérébral, cela se soigne bien. » Ce sera notre dernière conversation. Le mal est bien plus grave. À peine un mois plus tard je lui rendrai visite à l’hôpital de Pont-l’Évêque, il est coupé du monde. Il nous quittera moins de cinq jours plus tard. Jean-Claude tu nous manqueras, tu me manques déjà…

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